vendredi 18 septembre 2009

T. Gondii (épisode 2)


Toxoplasma Gondii ne devait plus me quitter. Je commençai à faire des recherches sur le sujet. Il faut se souvenir que tout ça se passe quelques temps avant Wikipedia, et qu'à l'époque, se renseigner demandait un passage à la bibliothèque. C'est après avoir lu ce qui était à ma portée, dans des encyclopédies ou des articles de généralisation, que je tombai sur un article récent du Daily Telegraph sur une borne d'accès internet de la bibliothèque locale. Intitulé "Cat Box Disease May Change Human Personality and Lower IQ", il contenait le passage suivant:

"Nous pensons que ces résultats peuvent expliquer les changements de comportement et de quotient intellectuel chez certains humains," ont déclaré le Dr. Manuel Berdoy et David McDonald, professeur de virologie. "Bien que nous soyons un cul-de-sac dans le parcours du parasite, ces symptômes sont les conséquences d'un parasite qui a évolué pour manipuler le comportement d'un autre mammifère", explique le Dr. Berdoy. Un autre praticien, le Dr. Webster, a déclaré que d'autres recherches ont mis en évidence le lien entre le parasite et des symptôme comme la baisse de QI, l'hyperactivité et des changements de personnalité."



Je sentis mon dos se tendre comme un arc, et un frisson glacé descendit ma colonne vertébrale. Pris de vertige, je commençais à comprendre. Sans mettre réellement le doigt dessus, je pressentais la menace implicite d'une ombre gigantesque recouvrant progressivement la façon dont je voyais le monde. Je passai une nuit effroyable, tenu éveillé par le marmonnage incessant d'Etienne, le vieux Tchèque ravagé du quartier, qui s'était planté sous ma fenêtre en parlant avec quelqu'un qui n'était manifestement pas là.

Mon univers commença à conspirer contre moi, me jetant au visage les pièces du puzzle, une par une. Je lisais L'Homme Qui Prenait sa Femme Pour un Chapeau, le rapport glaçant d'un psychologue fasciné par les maladies dégénérescentes du cerveau droit. Ces pathologies terrifiantes touchaient une zone du cerveau liée aux fonctions mentales instinctives : la conscience du corps, la mémorisation, la reconnaissance des schémas. Leur point commun : elles empêchaient les patients de se rendre compte de leur maladie. Ils mettaient au point des mécanismes de compensation et n'avaient pas conscience d'avoir un jour vécu différemment. Leurs problèmes leur semblaient aller de soi.

Un autre article, sur l'intelligence partagée, expliquait comment une colonie de fourmis, individuellement stupides, pouvaient par leurs interactions simplissimes arriver collectivement à des comportements complexes et délicats, d'une intelligence à vous pétrifier.

Je n'arrivais plus à penser à autre chose. Je lisais tout ce qui,de près ou de loin, pouvait m'aider à mettre des mots sur cette impression diffuse qui m'échappait à chaque fois que je réfléchissais au parasite. Pendant quelques mois, c'était mon principal sujet de conversation, jusqu'à ce que certaines de mes connaissances réagissent étrangement à ces discussions. Je suis connu pour aimer les idées étranges, et pour les pousser à leur limite : généralement, mes amis rentrent dans le jeu et rebondissent, ou écartent le sujet en se moquant. Mais quand T. Gondii arrivait sur la table, certaines personnes semblaient tendues, mal à l'aise, et changaient discrètement de sujet. Je finis par faire attention au phénomène : la plupart d'entre elles hébergeaient des chats.

(A Suivre...)

2 commentaires:

David a dit…

Enorme...

Trois réactions/réflexions:

-Putain, c'est depuis que j'ai vécu avec des chats que ma thèse n'avance pas!

-Rapports aux fourmis. Si une fourmi est un être simple, la fourmilière est aussi un être, mais beaucoup plus complexe et intelligent celui-ci. Le corollaire étant que nous nous voyons, nous êtres humains comme "un", alors qu'en fait nous ne sommes qu'une fourmilière de cellules.

-It's close to midnight and something evil's lurking in the dark...

Raf a dit…

C'est fou, les fourmi, plus c'est nombreux plus c'est intelligent, alors que les humains c'est pile poil l'inverse...
Pour connaitre le QI d'un groupe d'humain, il ne faut ni additionner, ni faire une moyenne. Il faut prendre le QI le plus bas du groupe et diviser par le nombre de personnes faisant partie de ce groupe.
Raison pour laquelle j'aime personne et que je veux rester seul ;-)